Pompe, pompe!

Vendredi, 19h00. Après avoir englouti ma pointe de pizza prise à la course au resto du coin, je me décide enfin à affronter la tâche hebdomadaire qui me rebute tant : le ménage pré-week-end. Je me fais un devoir d’occuper mes vendredis soirs à laver la vaisselle empilée depuis le début de la semaine (pour ma défense: je n’ai pas de temps et pas de… lave-vaisselle), épousseter mes tablettes garnies d’une dizaine de souvenirs de voyages (pas les miens, ceux de mes grands-parents paternels : globe-trotters en puissance depuis le début de leur retraite!), récurer la salle de bain (avec des gants jusqu’aux épaules et un masque à oxygène) et passer l’aspirateur (cet abominable monstre qui transforme mon chien en mauviette). Tout cela, parmi les petites pièces de mon appartement qui, non sans prétention, se présente comme un 4 et demi. Je ne peux expliquer pourquoi, mais cette semaine je suis envahie d’une soudaine mission de propreté absolue! SPM? Sort jeté par Miss Nette? Le fait que je sois seule ce soir car Éric travaille à Québec jusqu’à demain? Puisque ce genre d’ambition ne me gagne pas assez souvent, je ne me pose pas plus de questions et fonce! GO pour le classement du tiroir à ustensiles, GO pour le lavage du dessus des plinthes, GO pour le nettoyage du tuyau de la sécheuse et GO… pour le ménage du frigo! Oh oh, c’est toujours lorsque je pousse un peu le pain, le lait et le yogourt de la dernière épicerie que je découvre un petit plat abandonné, bien rangé au fond de la tablette, attendant patiemment d’être choisi. Il a beau prendre place à l’intérieur d’un plat Tupperware, je crois qu’il y a des limites à garder la fraîcheur! Je tire délicatement le contenant en question vers l’extérieur et retiens mon souffle le temps d’entrouvrir la porte du cercueil… Hmmm… je veux dire le couvercle. Brrrrrrr. Un frisson me traverse. Une substance visqueuse brunâtre et non identifiée dort au creux du plat. Cela me rappelle vaguement un souper d’il y a près de… deux semaines : un rôti de boeuf fait en quantité industrielle à la mijoteuse. Nous en avons mangé le matin, le midi et le soir durant des jours et des jours afin d’en venir à bout! Sans doute un restant délaissé par omission inconsciente… ou pas!

Peut-être inspirée par la couleur et la texture du mélange, je me dirige spontanément vers la toilette fraîchement nettoyée pour y verser le tout. En tirant la chasse d’eau, je me remémore soudainement un conseil avisé de ma mère qui me mentionnait de ne jamais RIEN jeter dans une toilette. Pourquoi donc? Ce repas aurait terminé au même endroit d’une manière ou d’une autre! Je cours à la cuisine lancer le plat au lavabo en l’aspergeant de la quasi-totalité du liquide à vaisselle de la bouteille dans l’intention d’enrayer toute odeur nauséabonde voulant s’en dégager. C’est alors que j’entends le doux bruit d’une chute d’eau… Une chute d’eau??? Mais, je n’ai pas de chute d’eau!!! LA TOILETTEEEEEEEEEEEEE!!! Pas le temps de franchir le pas de la porte de la salle de bain, j’aperçois déjà l’eau qui s’accumule dans le corridor. NON, NON et NON! Qu’est-ce que je fais? QU’EST-CE QUE JE FAIS? Je me précipite dans la lingerie et tente d’en extirper toutes les serviettes. Même les plus douillettes réservées exclusivement pour les “journées piscine”! Mais… mais, là, je m’occupe de la conséquence et non de la cause!!! VITE, VITE : où est le siphon quand on a besoin de lui? Et, où est le chum quand on a besoin de lui??? Bon, enfin trouvé: coincé derrière la sécheuse! (Pas le chum, le siphon!). POMPE. POMPE. POMPE. Le débordement se poursuit! Plus fort alors!!! Je pompe de toutes mes forces : et un et deux et trois et quatre… et un et deux…. tel un massage cardiaque! Rien n’y fait!!! Merdeeeeeeeeeeeeeeee. Il doit bien y avoir une valve qu’il est possible de fermer afin d’arrêter le débit?!! Je me souviens alors d’avoir vu Éric en tourner une derrière la toilette. Je me penche à quatre pattes dans l’eau… sans masque… sans gant… CAS DE FORCE MAJEURE!!! Je tente maladroitement de me convaincre : “Magalie, c’est comme de l’eau de pluie… hourra… chantons sous la pluie et le soleil reviendra!”. Je trouve enfin la valve, tente de la tourner… Coincée! Nooooooon! “Madame Valve, ce n’est vraiment, mais vraiment pas la journée pour être capricieuse. Allez tourne, j’ai dit TOURRRRRRRNE!!!”. Rien. Subitement, comme par magie, la toilette arrête de déborder. La rivière a enfin cessé de sortir de son lit. OUF! Je me dépêche à éponger l’eau souillée qui semble s’être fait un malin plaisir à s’étendre sur la céramique de la salle de bain.

– “Iniminimagimo, ton coussin TOUT DE SUITE!”, beuglais-je à mon chien qui vient de passer à un poil de goûter à “l’eau de vie” qui se présentait à lui! Beurk!!

Je cours à la cuisine chercher un bol dans le but de vider le surplus d’eau restant de la toilette au bain tout en téléphonant à mon fidèle héros.

DRING DRING.

– “Oui allo”.

– “Papa! C’est moi! Pose pas de question, ma toilette a débordée et le siphon ne suffit plus. Qu’est-ce que je fais?”

– “Ben… y dois avoir quelque chose de coincée! Va te chercher une fiche à manivelles à la quincaillerie et passe-là dedans, ça devrait être ok. Veux-tu que je vienne?!” me propose-t-il?

J’ai tout de même un orgueil! Une fiche? Ce doit être facile ça… c’est comme se passer la soie dentaire pour tenter de déloger un bout de céleri entre ses dents non? Je devrais bien y arriver seule.

– “Non ça va aller! Merci papa d’amour. Je te tiens au courant!”

Sans plus tarder, j’enfile mes bottes de pluie (afin d’être cohérente avec mes vêtements complètement trempés!), m’empresse de me rendre à la quincaillerie à quelques coins de rue et rapporte la tige à manivelles que le vendeur m’a proposée.

Bon, bon, bon… J’insère donc la tige dans la toilette…. Pousse, pousse…. RIEN! Je confirme : tuyau de toilette toujours obstrué. Pas surprenant, considérant que je me suis rappelé qu’il restait très possiblement un gros morceau de boeuf dans le repas que j’ai jeté plus tôt! Grrrrr!!!

J’implore tous les dieux, formule une demande en règle à l’univers, fais de la visualisation positive en m’imaginant souffler sur le morceau afin de l’encourager à rejoindre le tuyau central d’évacuation… Rien à faire. Ne me reste plus qu’à… rappeler mon père.

DRING DRING.

– “Papa! J’ai acheté la fiche et c’est toujours coincé”.

– “Quelle grandeur la fiche?”

– “Ben celle que le vendeur m’a dit : un mètre je crois”.

– “Ben non ma fille, ça va te prendre bien plus long que ça!”

– “J’ai compris… j’y retourne MERDEEEE!!!”

Je repars donc à la course vers la quincaillerie afin d’y chercher une plus longue tige. J’en reviens avec une très très longue ainsi qu’avec un conseil du vendeur de ne pas utiliser ça au risque d’abîmer ma toilette.

Je me fous bien de la toilette… mais je ne me fous pas d’avoir à appeler mon propriétaire pour lui faire part que j’ai bouché la toilette avec un morceau de boeuf, ni d’avoir à téléphoner à mon chum pour lui faire savoir que la femme de la maison vient de réaliser l’une de ses pires conneries ménagères à vie!!!

GO, je suis fin prête à procéder à la chirurgie. J’insère donc la longue tige. Pitié, faites que j’oublie les débris que je retire de chaque essai. Faites que j’efface de ma mémoire olfactive l’odeur qui se dégage. WAAASH! Mais… mais, ÇA MARCHE!!!!!!!!!!!!!!!!! J’ai enfin réussi à chasser le coupable vers l’abîme. Plus rien ne bloque! OH YEAH! C’est qui la meilleure? C’est qui la plus meilleure plombière en ville? C’est qui la Queen in the house? C’est qui??? Oh na na, what’s my name? Wahooooooooooooooooooo!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

OH OH!!!!!! Je viens de comprendre ce que le vendeur voulait dire par “abîmer la toilette”. Ce n’est pas abîmer le terme qu’il aurait dû employer, c’est détruire!!! Tout l’émail blanc qui recouvrait jadis l’intérieur est maintenant dispersé en minuscules morceaux au fond de la toilette. Un WC avec un intérieur noir? C’est design, non? NON! Issssssh, je risque réellement d’être évincée de mon appartement! Pire, battue à coups de siphon et laissée pour morte par le proprio qui prend tant soin de ses logements. Je ne peux pas laisser ça comme ça, non? Ça n’a pas de bon sens!!!

DRING DRING.

– “Papaaaaaaaaaaaaaaa. Ça a marché, mais j’ai scrapé la toiletteeeeeeee…”

– “Ah nooooon CIBOLAC! J’aurais ben dû y penser! Écoutes, va acheter une autre toilette et je vais descendre te la poser demain à la première heure ma choupinette. Ni vu, ni connu!”

– “Merci papa”.

Mon sauveur! Je cours à la voiture pour me rendre au Réna Tempo le plus près afin de trouver une toilette.

C’est bien compliqué choisir un bol! Chasse petit débit, chasse gros débris… eeee débit! Réservoir de X litres ou X litres? Le comble : j’ai oublié mon cellulaire! Pas de papa pour m’aider. Je choisis donc la plus belle : la superbe toilette à cuvette allongée et à double chasse. Une femme se doit d’avoir un trône confortable et écologique, non? Après avoir passé à la caisse, je me dirige fièrement avec mon charriot et mon énorme boîte vers ma voiture. Oooh non… non… pas vrai? LA BOÎTE DE LA NOUVELLE TOILETTE EST TROP GROSSE MERDEEEE!!! J’utilise donc mes clés tel un canif et l’ouvre pour en sortir un à un son contenu : d’abord le réservoir, puis la cuvette et finalement, le fameux beigne de cire. Ouf… sauvée! Tout rentre! Je regarde la gigantesque boîte qui traîne au sol… observe les alentours. Je dois m’en débarrasser. J’aperçois soudain un container sur le côté de la bâtisse. Parfait, je vais la jeter à l’intérieur. Je dois vraiment apprendre à être plus positive, il y a toujours une solution!

J’arrive à la maison avec mes muscles endoloris par l’effort physique. J’apporte le WC à son futur emplacement. QUOIIIIIIII? Dites-moi que ce n’est pas vrai!!! La belle grosse toilette en forme d’amande est beaucoup trop longue. En effet, elle s’avance trop prêt de la laveuse qui se trouve juste en face et laisse bien peu d’espace pour pouvoir s’installer confortablement. Oui oui, pire que pour un siège en classe économique dans un avion Air Transout! C’est tout dire! Il aurait donc fallu un petit format de toilette! C’est pourtant logique : mini salle de bain, mini toilette! Grrrrr! Je regarde l’heure : 20h55. Nooooooon. Il est trop tard pour que je retourne au Réna Tempo qui ferme ses portes à 21h00. Je vais quand même tenter de leur téléphoner afin de vérifier si une toilette nouvellement achetée peut être remboursée.

DRING DRING.

– “Réna Tempo, bonjour”.

– “Bonjour, je viens d’acheter une toilette et elle est trop grosse. Est-ce remboursable?”

– “Sans problème madame si vous possédez la facture et la boîte d’origine”.

– “Merci. Aurevoir”.

Hmmm… la boîte d’origine??? Bon, qui est-ce qui s’en va passer son vendredi soir au Réna Tempo à chercher une boîte de toilette dans un container???

Je confirme : aujourd’hui, MA VIE C’EST D’LA MAAAAARDE!

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Une réflexion sur “Pompe, pompe!

  1. Hi! Hi! Hi! Je te retrouve Magalie. Merveilleux de réalisme agrémenté d’une chanson qui illustre très bien ta soirée.
    Comment raconter un évènement quotidien de merde en un épisode humoristique…. tu es douée incontestablement = j’adore.
    Je te souhaite un bon ménage et je m’en vais de ce pas faire le nettoyage de la salle de bain avec le sourire aux lèvres; ce qui n’est pas peu dire étant donné que ton périple dans ta salle de bain aura des échos lorsque j’attaquerai le bol de toilette. lolllll

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