I like to move it, move it!

Samedi, 19h30. Je suis présentement assise devant mon assiette vide qui trône depuis plus d’une demi-heure sur la table ronde au drapée blanc immaculé, faute d’avoir été remarquée par le serveur qui effectue des longueurs entre la salle de réception et la cuisine. Je souris d’un air niais aux autres convives qui ne semblent de toute façon n’avoir nullement distingué ma présence. Cela m’apprendra d’accompagner Éric au mariage d’un de ses amis dont je n’ai jamais entendu parler. Outre certaines blagues douteuses de mon amoureux en début de repas, aucune conversation ne semble vouloir émerger de notre table malgré mes quelques tentatives : “Quelle belle cérémonie!”, “La mariée est superbe!”, “D’où connaissez-vous les mariés?”.

Éric décide d’abandonner le navire pour rejoindre ses copains à l’autre bout de la salle en me chuchotant à l’oreille : “T’inquiète, les deux filles d’en face finiront bien par succomber à ta belle tronche sympathique”. Quel traître! Je crois plutôt que “les deux filles d’en face” ont choisi de faire honneur à l’étiquette thématique ornant notre table : “Omerta” (qui devait sans doute porter dans le plan de tables initial l’étiquette “les rejets” ou “ceux qu’on n’aurait peut-être pas dû inviter”). Je suis sur le point de me résigner à discuter avec le centre de table qui semble presque plus volubile : un beau petit poisson rouge dans son bocal!

Soupiiiiiiiiiiiiiir. La journée est tellement longue : long à l’église, long cocktail et long souper. Tous mes espoirs qui étaient fondés sur le DJ animateur se sont écroulés dès que je l’ai entendu lancer la première chanson à l’arrivée des nouveaux mariés : “My Heart Will Go On”. Depuis, aucune intervention : uniquement une petite musique d’ascenseur en guise d’ambiance. Je possède maintenant un modèle valide et fidèle à ne pas suivre en matière d’organisation de mariage! Lorsque tu te dis à toi-même que c’est l’heure d’aller dehors pour fumer, quand la seule fois que tu as touché à une cigarette est en secondaire 1 (pour impressionner mon kick de l’époque!), c’est parce que tu as vraiment besoin de sortir.

Je décide de me rendre à la salle de bain. Cela m’occupera pour au moins 3 minutes! Je pénètre dans la cabine et, entre le bruit caractéristique du flot de ma station d’épuration interne, j’entends soudainement une musique familière… Rhythm… You can feel… You can feel… Rhythm… Rhythm is a dancer… Waaaaaaaaah! C’est tellement MA TOUNE!!! I-n-c-r-o-y-a-b-l-e! Jamais je n’aurais cru entendre cette chanson dans un mariage qui s’est montré pour l’instant si traditionnel.

You can feel it in the air… Je n’aime pas danser : J’ADORE danser! Mind and body must be free too… Je me dirige vers le lavabo en bougeant les hanches et en hochant la tête, complètement portée par le rythme. Lift your hands and voices… Me lave les mains…. People feel it everywhere… Je regarde à droite vers la porte par laquelle je suis entrée d’où pourtant résonne encore le récital digne d’une mise en attente téléphonique. Hein? Je regarde alors vers ma gauche… Rhythm… You can feel… You can feel… Une autre porte. Let the rhythm ride you, guide you… La musique m’appelle tel un charmeur de serpents jouant de sa flûte. Oooooh it’s a passion… Que se cache-t-il derrière cette porte? Please take it all way, nothing to lose… Je m’approche. Free your mine and join us… La musique provient bien de l’autre côté. Let it control you hold you… mold you… Elle m’attire tel un aimant. Je me laisse tenter et m’apprête à ouvrir la porte quand soudain…  une dame la pousse de l’extérieur et entre dans la salle de bain. Comme hypnotisée, j’entrevois alors des centaines de personnes amassées sur une piste de danse et illuminées par les stroboscopes semblant suivre chacun des mouvements de leurs corps. J’ai découvert la caverne d’Alibaba!!!

“Magaliiiiie, revient à toi”, me dis-je. Je comprends finalement que le bâtiment est composé de deux pièces présentant une salle de bain commune. Je constate par la même occasion que je n’ai malheureusement pas été chanceuse d’atterrir dans la salle de réception la plus ennuyeuse. Mais… mais… j’y pense… je serais loin d’être la première à s’imposer au sein d’un mariage, non? (Et sans doute loin d’être la dernière si les gens continuent à en organiser des aussi plates!) J’ose? Non non non, je ne peux pas! Ça ne se fait pas, non? Mais, qui remarquerait vraiment ma présence? Je pourrais très bien être la nouvelle petite amie d’un cousin… ou avoir un vieux mononcle comme Sugar Daddy… Je me débrouillerai bien si on en vient à me questionner! Totalement assumée, je prends une grande inspiration et ouvre la porte de gauche au même moment que débute une autre chanson.

What is love? Oh baby don’t hurt me, don’t hurt me… no more! Je me dirige vers la piste de danse qui est littéralement envahie par tous les invités. Seules quelques personnes sirotent encore leur verre de vin au fond de la salle. J’aperçois la mariée et son nouvel époux au bout de la piste. Je désire rester à une distance appréciable afin d’éviter qu’ils découvrent mon petit jeu. Je me laisse donc porter au son de la musique. Je croise quelques sourires dont celui d’une grand-mère qui semble dans une forme exemplaire et qui partage visiblement ma passion pour la musique dance des années 90. Nos souvenirs y étant rattachés doivent s’avérer pourtant très différents! Pour ma part, ils me rappellent ces belles années de préadolescence où, seule dans ma chambre avec le volume des haut-parleurs au maximum et une brosse à cheveux dans une main, je me permettais de rêver de devenir une grande chanteuse acclamée par des milliers de spectateurs.

I’m the Scatman! Ski bi di bi di do bap do bap… do ba do bap! (Scatman – John Scatman)

This is the rhythm of the night… The night, oh yeah… The rhythm of the night… This is the rhythm of my life… (The Rythm Of The Night – Corona)
 
 
La da da dee da da da, La da da dee da da da… WANNA BE MY LOOOOOOVER!!! Je chante en chœur avec mes copains du dancefloor qui ont tout comme moi rapidement reconnu l’introduction d’un autre de ces grands classiques des années 1990. Je me déchaîne sur la piste en virevoltant à la guise de mon partenaire de danse. Un pur inconnu qui me permet de me remémorer à quel point j’ai eu un plaisir fou lors de mes 12 ans à m’imaginer dans les bras de mon amour secret. Je fantasmais à l’idée qu’un jour nous irions nous cacher dans l’entrepôt du gymnase de notre cours d’éducation physique et que, entre les gros tapis bleus et les ballons de basket-ball, il se déciderait à m’embrasser. Quelle belle époque : tous les espoirs étaient permis!
 
 
Another night, another dream, and always you… It’s like a vision of love that seems to be true…

Another night, another dream, and always you… In the night I dream of a love so true… (Another Night – Real McCoy)

I like to move it, move it… I like to… Move it! Il commence à faire extrêmement chaud au centre de la piste de danse. J’abandonne mon partenaire et me dandine vers l’extrémité du dancefloor afin de prendre quelques bouffés d’air. C’est alors que je remarque que le marié s’amène dans ma direction. OH OH! Je dois me déplacer rapidement! Je tourne le dos au nouvel époux et élabore une chorégraphie digne d’un vidéoclip de Madonna dans le but de me rediriger subtilement au cœur de la piste. Je sens alors de larges bras m’enlacer par l’arrière et me soulever. Nous faisons alors un tour sur nous-même. Mon cœur aussi par la même occasion! Ouf! Le marié, visiblement éméché, me serre contre lui sans que je puisse me retourner pour bien voir son visage, et me murmure à l’oreille : “Wow! Merci d’être venue. C’est pas croyable comme tu as changée. Tu es vraiment devenue belle!”. Son haleine d’alcool intense de catégorie “je m’en rappellerai plus demain matin” arrive à se tailler une place jusqu’à mon nez. Beurk! Il me relâche soudainement de son emprise et s’éloigne. Le “Tu es vraiment devenue belle” raisonne encore dans ma tête. Je ne sais pas qui je suis sensée être. Une ancienne laide sans aucun doute! Peu m’importe, ce qui compte est que ma couverture n’a pas été découverte!

Je regarde ma montre. 23h56. Telle une Cendrillon, je dois retourner d’où je viens. Éric va sans doute commencer à me chercher! Je fais un aurevoir de la main à mes partenaires du plancher de danse qui m’ont fait vivre une soirée inespérée et en profite pour quitter en passant par la table de remerciements en l’honneur des mariés : Annick Lemieux et Benjamin Lévesque. Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah! Pas vrai? Benjamin Lévesque : mon kick du primaire!!! Je viens vraiment d’assister à sa réception de mariage? Nooooon, comment ai-je pu faire pour ne pas le reconnaître?!!!

Mais… mais, j’y pense, la petite laide dont il me parlait… c’était vraiment moi!!!

Pffffffff, je retourne de ce pas dans mon party plate!

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Chansons du jour :

What Is Love – Haddaway

Scatman – John Scatman

The Rythm Of The Night – Corona

Be My Lover – La Bouche

Another Night – Real McCoy

I Like To Move It – Reel 2 Real

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6 réflexions sur “I like to move it, move it!

  1. Magalie,
    Ce matin, je me suis installée devant mon ordinateur pour vouloir avoir de tes nouvelles en sirotant mon café, peines perdues….. Pas de Magalie, j’ai une larme qui est apparue….. je bois mon café en me disant qu’elle va apparaître tôt ou tard…. pas de Magalie. En début d’après-midi, pas de Magalie. J’ai l’impression d’être dans un livre de « Ou est Charlie!!!! »

    Avant le souper, pas de Magalie…..je suis triste et me demande s’il lui est arrivé quelque chose???

    Enfin, en début de soirée, je vais vérifier et Magalie est là Youppi! Super beau mariage lolll

    Au plaisir de te lire Magalie et ne me fais plus jamais ça. lollllll

    Une accro

  2. aaaaaaaaaaaaaaaah magalie!!! comme tu m’as fait rire, seule dans mon salon perdu aux pays des macaques! je partage avec toi cette aventure pénible de mariage random et tout se qui se passe dans notre tête! encore!!

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