Bienvenue sur terre

BOULOUP BOULOUP! Ouuuf… Heure du cadran : trois heures du matin. Qu’est-ce qui se passe? Sortie brusquement de mon sommeil par le bruit caractéristique d’un message texte entrant sur mon cellulaire, je me tourne lentement vers la table de chevet qui accueille mon bidule soit disant intelligent… du moins pas assez pour oser me réveiller en plein milieu de la nuit! Tout comme deux fois la semaine dernière, je me dis qu’il doit s’agir d’une autre poulette qui écrit à son “babe” pour lui dire à quel point “ça a été chaud”, “aaaah” et “ouuuh”. Je soupçonne le fait qu’un casanova donne malicieusement mon numéro de téléphone afin de se délivrer de ses conquêtes…

Tourne d’un bord, tourne de l’autre. J’ai froid : je relève la couverture. Ah finalement, j’ai chaud: j’enlève la couverture. Je le savais. Je suis incapable de retrouver le sommeil! Grrrr. La curiosité l’emporte et je me décide à vérifier mon écran de cellulaire. Les yeux entrouverts, totalement aveuglée par la lumière du téléphone, je lis le message : “On est à l’hôpital. Annie vient d’accoucher de notre petit coco de 6 livres et 9 onces. Tout le monde va bien”. C’est Luc!!! Waaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah!!!!! Je suis soudainement inondée d’un sentiment de… eee… mmm… comment dire… sans nom. Trop fort pour qu’un mot ait été inventé pour l’exprimer! Je bondis sur Éric qui dort à poings fermés en hurlant de ma voix la plus aiguë “NOTRE FILLEUL EST NÉÉÉÉÉÉÉÉÉ!!!!”. Éric bronche un peu à coup de “Mmmm”, “Hffff” et “Rrrrr”. Rien à faire. L’expression “dormir comme une roche” a été inventée en son honneur. Je ne me doute pas du tout de qui va se lever la nuit quand nous aussi nous aurons des enfants!!!

Je suis tellement fière de mes deux amis nouvellement parents! Si honorée qu’ils nous aient offert d’être le parrain et la marraine de leur fils. Mais, j’y pense, je suis maintenant officiellement marraine! Je suis marraine. JE SUIS MARRAINE!!! Je dois me le répéter pour me forcer à y croire. Je saute alors dans le lit telle une enfant à qui on vient d’annoncer un voyage à Walt Disney tout en chantonnant : “Hakuna Matata, mais quelle phrase magnifique! Hakuna Matata… quel chant fantastique! Ces mots signifient que tu vivras ta vie… sans aucun soucis… philosophie… Hakunaaaa Matataaaa!!!!”. Éric se réveille alors au doux son de ma mélodie… Ok, je l’avoue, je devrais plutôt dire de ma cacophonie…

Le parrain, fier comme un paon, vient tout juste de s’endormir avec le sourire. Pourtant, de mon côté du lit, je ne peux toujours pas fermer l’oeil! Fortement inspirée par ces papillons qui volent et virevoltent dans mon ventre, je me dirige au salon afin d’écrire au petit amour fraîchement descendu de sa planète. Bienvenue sur terre mon petit homme…

Cher filleul,

Voilà maintenant quelques semaines, à l’aube de ta naissance, ton père et ta mère ont présenté à moi et Éric une demande extraordinaire : celle de devenir ta marraine et ton parrain. Je ne peux exprimer complètement en mots à quel point, à cet instant, nous nous sommes sentis profondément honorés et remplis d’une grande bouffée de bonheur. Nous t’aimons et t’aimions déjà dans le ventre de ta mère, mais, sans pouvoir expliquer mon impression, tes parents venaient de nous conférer un rôle qui nous liait à toi pour notre vie entière.

 Suite à cette annonce incroyable, je me suis mise par la suite à songer au rôle d’une marraine. En fait, c’est quoi une marraine au juste? Qu’est-ce que ça donne d’avoir une marraine?

 En me penchant davantage sur la question, j’ai découvert que, à l’origine, le rôle de marraine a été créé dans une perspective religieuse. En effet, il n’y a pas si longtemps de cela, la religion catholique demandait aux parents de déterminer une marraine et un parrain afin d’assurer, aux yeux de l’Église, la foi de leur filleul et de l’accompagner dans cette démarche pour toutes les étapes de sa vie. Hmm comme je dois t’avouer ne pas avoir écouté attentivement à l’école dans mes cours de religion (ne t’inquiète pas, les écoles ont aboli ce cours pour ta génération!), je peux simplement te dire que, pour moi, celle-ci se traduisait entre autres par le fait de se présenter à l’église tous les dimanches (il s’agit d’une grosse bâtisse avec des vitraux comme fenêtres et avec une cloche qui retentit sans nous prévenir!). Pour plusieurs raisons, dont celle que moi et tes parents préférons profiter du dimanche pour faire le ménage, l’épicerie et aller visiter la famille et les amis, je ne crois donc pas me trouver dans cette catégorie de marraine.

Bon, si je ne suis pas une marraine religieuse, je ne réponds donc toujours pas aux questions posées à savoir qu’est-ce qu’une marraine et qu’est-ce que ça donne en avoir une… Oooh, je viens d’avoir une idée de génie! Serais-je comme une fée marraine? Oui oui comme celle des contes de fées? Dans certaines histoires populaires, la princesse (je sais, classique de filles! Je ne suis pas certaine que ce seront tes histoires préférées!) a parfois une fée marraine qui apparaît par magie au moment où elle est confrontée à une situation difficile. La fée marraine possède aussi des pouvoirs particuliers : elle peut donner la beauté ou conjurer le sort d’une méchante sorcière (comme dans La Belle au bois dormant) ou encore protéger contre une belle-mère et des demi-sœurs monstrueuses et impitoyables (comme dans Cendrillon)!!! En réfléchissant bien, je me rends compte que je n’ai pas de dons particuliers (ton parrain dirait que j’ai le don de le faire sortir de ses gonds, mais ça c’est autre chose!). Je ne suis donc pas en mesure d’apparaître si tu dis mon nom, ni jeter un sort aux méchants de ce monde qui voudraient s’en prendre à toi. Je te jure par contre que j’aimerais pouvoir le faire! Mais là, me diras-tu, si tu n’es pas une marraine religieuse ni une fée marraine, tu es quel type de marraine?

Je te répondrai donc mon petit loup d’amour que je préfère inventer mon rôle. J’ai décidé que je serai une marraine de cœur. Une personne sur qui tu pourras compter pour être présente à tes côtés, pour t’encourager, te motiver. Une personne sur qui il sera possible de te fier pour qu’elle n’oublie jamais ta journée de fête et oui oui, je te le promets, qui t’offrira de beaux cadeaux (pardonne-moi si une ou deux années je passe à côté de la traque et que je t’offre un cadeau «ben trop bébé»!). Une personne qui te fera découvrir plein de nouvelles activités pour te montrer combien la vie est belle. Une personne qui, peu importe ce qui arrive, sera là pour t’écouter raconter tes bons coups et aussi les moins bons. Je n’apparaîtrai peut-être pas d’un coup de baguette magique si un ami te bouscule dans la cours d’école ou si un gros tata se met à te crier des noms dans la cafétéria, mais sache que je serai là pour toi si tu as envie d’en parler pour avoir un avis extérieur, autre que celui de papa et maman (tes parents t’aiment, ils sont géniaux et ne voudront que le meilleur pour toi, alors ils t’encourageront à foncer même quand tu te sentiras aplati comme une crêpe. C’est normal!). Je m’engage donc, et ton parrain aussi par la même occasion (il te fait dire qu’il n’est pas doué pour l’écriture, mais qu’il pense la même chose que moi), à être là pour toi aussi longtemps que la vie nous le permettra parce que nous t’aimions déjà dans le ventre de ta mère, mais tu ne peux t’imaginer à quel point on t’aime depuis qu’on a appris ton arrivée.

On t’aime (ah ça on l’a déjà dit, mais tu vas voir, c’est toujours bon de l’entendre plus d’une fois!!)

Ta marraine, Magalie

et ton parrain, Éric

Publicités

Aaaaaaaaah le temps des fêtes!

Aaaaaaaaah le temps des fêtes… avec mon magnifique sapin qui illumine de mille feux le coin généralement si sombre du salon. Le même que j’ai croisé un mois plus tôt parmi les centaines d’autres présents au marché. Celui pour qui j’ai craquée, complètement charmée dès que mes yeux ont croisé son feuillage, mes mains ont effleuré ses épines et mes narines ont senti son doux parfum. Ça y était : j’ai su que ce serait lui, qu’il serait le bon. Le même que j’ai invité à monter à mon appartement dès le premier soir. Celui sur lequel j’ai posé mes boules et que j’ai couvert de cadeaux. Depuis, il est toujours prêt à être allumé et se tient droit: solide et fier. Ah mon beau sapin, roi de la maison!

Aaaaaaaaah le temps des fêtes… avec sa course aux cadeaux de Noël de dernières minutes. Tourner en rond telle une toupie jusqu’à s’étourdir pendant près de 30 minutes dans le stationnement du centre commercial. Puis, comme un chasseur, cerner enfin une proie. Analyser ses déplacements pas à pas, la suivre lentement pour ne pas l’effrayer et finalement découvrir sa cachette. Annoncer ses intentions à l’aide de notre clignotant avec la satisfaction d’avoir enfin réussi à trouver une place. Attendre plus de 10 minutes que la personne ciblée dans notre mire remplisse sa valise de toutes ses provisions, 5 autres qu’elle déneige la totalité de son véhicule, 3 autres qu’elle s’installe confortablement dans son siège, qu’elle attache sa ceinture et qu’elle mette le moteur en marche. Ensuite, être envahi d’un immense sentiment de bonheur de la voir mettre le mode marche arrière de sa voiture pour sortir de sa planque. Enfin. Enfin!!! Faire alors pivoter le volant avec un grand sourire de fierté afin d’enligner parfaitement les roues de l’auto dans NOTRE place, celle tant attendue, tant espérée, tant désirée. Puis, se faire littéralement voler SA place, coupé par un sauvage sans pitié au cœur de pierre à qui la magie de Noël a seulement effleuré le toupet!!!

Aaaaaaaaah le temps des fêtes… avec ses dérapages dans le fossé en se rendant au quatrième party de Noël de la journée, résultat de deux paires de parents divorcés. Se faire annoncer par le remorqueur que ” Tsé mademoiselle, c’est bien parce que vous êtes ben fiiiiine et que c’est Noël que je callerai pas la police ” (ou grâce à mes bas de nylon et mes talons hauts). Puis, d’ajouter devant mon visage consterné : ” Ben ouais, une chance qui a pas eu de blessés car j’aurais été obligé de dire à la police que vous rouliez encore avec vos pneus d’été un 25 décembre! ”. Me rendre alors compte que je me suis stressée pendant des jours avant qu’Éric se décide enfin à poser mes pneus… d’été quand, en fait, j’avais complètement oublié que je n’avais pas enlevé mes pneus d’hiver de l’année d’avant! Pfffffff! Ensuite conclure que, faute d’avoir un homme qui sait reconnaître les pneus d’hiver des pneus d’été, je rendrai visite pour cette tâche l’année prochaine au beau mécanicien qui habite au coin de ma rue!

Aaaaaaaaah le temps des fêtes… et le livre de recettes de Ricardo qui revêt ses plus beaux habits, si heureux de descendre de sa tablette! Les journées de bouffe à ne plus finir, imprégnant les murs de l’odeur de pattes de cochons pour l’année à venir. Amenez-en des tourtières, des ragoûts de boulettes, des salades de patates et de pattes tièdes et de la grosse dinde qui fera des farces une fois la visite arrivée. Amenez-en de la famille pour déguster ce festin, des bises à la tonne et des rhumes à partager! Puis, 5… 4… 3… 2… 1… se dire combien on s’aime et se souhaiter le meilleur une fois le premier de l’an sonné!

___

À vous, chers lecteurs, j’espère que vous passerez un superbe temps des fêtes entourés de ceux qui vous sont chers. Pour la nouvelle année, je vous souhaite des tonnes de projets emballants à concrétiser, le plaisir de vous lever le matin pour faire ce que vous aimez, des soirées mémorables entourées de votre famille et de vos amis, des idées de génie pour pimenter votre vie et bien sûr une santé de fer pour avoir le temps de tout faire!

Depuis le dévoilement de ce blogue, le 4 novembre dernier, plus de 1500 vues ont été enregistrées. Je tiens à vous remercier du fond du coeur de suivre les nouvelles de Magalie semaine après semaine. Merci pour votre soutien, pour vos commentaires, pour le récit de vos propres péripéties et folies et pour le partage de ces textes avec vos amis! Merci pour cet appui qui m’inspire chaque jour et me permet de partager avec vous ma passion et mon bonheur d’écrire. Au plaisir de vous retrouver en compagnie de Magalie pour le début de la nouvelle année. À bientôt!

Myriam xox

___

Retrouvez Magalie sur Facebook (https://www.facebook.com/pages/Des-nouvelles-de-Magalie/306249559488001?ref=ts&fref=ts) et sur Twitter sous le pseudonyme Magalie_News.

___

Vers l’infini

Jeudi, 13h00. J’ai reçu l’appel téléphonique. Celui qu’on ne veut pas entendre. Celui qu’on ne veut pas attendre. “Vingt-quatre heures tout ou plus” m’a-t-on dit à l’autre bout du fil. En vérité, les derniers milles, la fin de la route, le cul-de-sac. Le décompte est commencé. Je ne veux pas entendre son tic-tac. Je suis certaine que ce n’est pas encore l’heure. Je la lancerais par la fenêtre cette horloge avec la même force et la même fougue qu’à mes 8 ans lorsque ma balle de baseball a traversé la fenêtre de la cuisine en faisant voler en éclats le superbe vitrail bleu et jaune. Tu te rappelles? Plutôt que de hurler à tue-tête, tu avais convaincu grand-papa de passer le reste de la journée à m’apprendre à pratiquer “mon visou”. Ce sera utile pour lancer à la corbeille les feuilles sur lesquelles je tenterai des centaines de fois d’écrire combien je t’aime, combien les gens t’ont aimée et combien le vide que tu laisseras sera plus profond que l’univers.

Je prends l’autobus en direction de l’hôpital. 45 km/h. La même vitesse à laquelle tu roulais dans la rue et… sur l’autoroute quand tu conduisais encore ta vieille Chrysler. Te souviens-tu de la symphonie de klaxons à laquelle nous avions droit toutes ces fois où tu prenais le volant? Tu te faisais un malin plaisir à envoyer la main en guise de salutation à tout ceux qui réussissaient à te dépasser par la voie de droite. Nous récoltions souvent un doigt d’honneur pour réponse, mais tu prenais soin de me préciser à tous coups qu’il s’agissait d’un langage codé entre conducteurs pour se dire “un beau bonjour”. J’ai finalement compris la vraie signification de ce geste lorsque j’ai obtenu un billet rouge dans la cours de récréation de l’école au primaire car la surveillante avait été témoin du fait que j’avais levé avec conviction mon majeur afin de répondre à une amie qui me saluait de la main.

Pour me changer les idées, je prends le journal qui traîne sur le banc à mes côtés. Je me fais croire que je le lis, mais pourtant je ne pense qu’à toi. En tournant la dernière page, je tombe sur l’horoscope du jour. Le mien : “Vous accompagnerez une personne qui vous est chère vers un lieu inusité”. Le tien : “Vous serez invité à participer à un long voyage”. Pfffff! Ok. Je te l’avoue officiellement aujourd’hui, je n’ai jamais cru, ou du moins voulu croire, à l’astrologie. Pourtant, depuis que je suis toute petite, tu tentes de me convaincre que les planètes ont une influence sur notre vie.

– “Grand-m’man, une fille m’a écoeurée à l’école aujourd’hui parce qu’elle dit que je porte un pantalon qui me fait de l’eau dans cave”.

– “Ça va passer ma lionne, c’est parce que le soleil est en scorpion et la lune en sagittaire. Demain, ça ira mieux, la lune passera en balance”.

Je n’y ai jamais rien compris, mais ça avait au moins le mérite de me réconforter et de me convaincre que tout irait mieux demain. Sache que, à défaut d’y croire, dans mon horoscope à moi, ton signe est femme inspirante, ascendant exceptionnelle.

Je descends un arrêt plus tôt afin de passer chez le fleuriste pour chercher tes fleurs. Des tulipes? Non, pour moi, ce sont “les fleurs de grand-m’man”. Je prends soin d’en choisir de la même couleur que celles que tu avais plantées dans ta cours avec un plaisir contagieux : les jaunes, “comme le soleil”. On passait des heures à contempler ton jardin en se berçant dans la vieille balançoire en bois jusqu’à en avoir mal au cœur. On terminait toujours notre journée en allant cueillir de la rhubarbe sur le côté de la maison pour se faire un chapeau avec les feuilles et manger les tiges en les trempant dans un gros bol de sucre. “C’est bon pour ta fibre du bonheur” me disais-tu. La même fibre que tu désirais muscler lorsque tu m’offrais pour déjeuner avec mes toasts un petit morceau de gâteau McCain au chocolat tout droit sorti de ton congélateur trop plein ou quand tu m’encourageais à me servir dans le plat de bonbons du salon. Lors de mes visites, tu avais pris l’habitude de troquer les Peppermints pour des Jelly Beans que j’engloutissais avant l’heure du dîner en laissant uniquement ceux de couleur noire. Je t’avais pris aux mots lorsque tu m’avais mentionné que ceux-là étaient “tes meilleurs”.

Je marche en direction de l’hôpital. Le vent se lève et je remonte mon foulard de laine jusqu’à mon nez. Oui oui, celui que tu m’as offert pour Noël l’an dernier. Même après l’avoir lavé, il sent encore l’amour. Il me réchauffe et me réconforte comme tu as toujours su si bien le faire. Tes oeuvres de laine inondent d’ailleurs depuis longtemps le fond de ma garde-robe. Des mitaines, des gants, des tuques, des ponchos, des chandails et des pantoufles à la tonne! De quoi faire envier toutes membres en règle du Cercle des fermières! Ta collection de balles de laine a également souvent servi comme armes de destruction minimale durant les guerres contre mes toutous en peluche. Quelles attaques ce fût! Te rappelles-tu aussi de la fois où j’avais vidé une grande section de ton étagère de balles de laine en me donnant pour défi de faire des tresses en mélangeant au moins dix couleurs différentes? Comprenant rapidement l’étendue de mon dégât, j’avais alors tenté de dissimuler subtilement le tout en les jetant dans ta chute à linge. Tu avais découvert quelques heures plus tard le pot aux roses… hmmm aux balles de laine… toutes entremêlées dans les vêtements à laver. Pas si subtil que cela finalement! Tu m’avais alors proposé le jeu des piles de couleurs. Je me remémore toujours avec un fou rire cette journée durant laquelle j’ai appris à séparer les couleurs pour le lavage et… rouler des balles de laine en série…

Je longe la grande avenue et j’aperçois au loin la croix du Mont-Royal. Je possède d’ailleurs toujours cette petite croix dorée que tu m’avais donnée lors de mon dixième anniversaire. Tu m’avais alors glissé à l’oreille que le petit Jésus serait bien fier de me voir la porter. Pssst, grand-maman, je dois me confesser : c’est maman qui s’assurait que je l’accroche à mon cou chaque fois que j’allais te rendre visite. J’ai aussi conservé le médaillon représentant je ne sais plus quel Saint que tu m’avais acheté “pour me protéger” durant notre visite à l’Oratoire. Je n’avais alors pas compris pourquoi tu avais tenu à ce qu’on escalade les centaines de marches qui “montent jusqu’au ciel” et, tout cela, afin d’allumer un seul lampion pour grand-papa. Nous avions ensuite passé près d’une heure assises en silence dans la basilique. Quand je t’avais demandé pourquoi on ne pouvait pas parler, tu m’avais alors chuchoté avec ton grand sourire : “C’est pas nécessaire ma chérie, grand-papa habite maintenant à l’infini. Il t’entendra mieux si tu lui parles dans ta tête. Tu peux lui dire tout ce que tu veux mon poussin”. Grand-papa : l’homme de ta vie qui nous avait quittés un peu plus tôt cette année-là. Combien de fois ai-je été endormie le soir en me faisant raconter l’histoire de votre rencontre? Je rêvais ensuite à l’amour, le vrai.

J’arrive à l’hôpital. Je prends l’ascenseur : direction cinquième étage. Palier des départs hâtifs : les soins palliatifs. Je cherche ta chambre : la numéro 8. Ton chiffre chanceux: “celui de l’infini” m’as-tu déjà dit. Je parcours le corridor éclairé par le faisceau de lumière qui pénètre par la grande fenêtre qui se trouve à l’extrémité. Je trouve enfin ta chambre. Je suis la première arrivée. Tu es endormie paisiblement, dans la même position que les deux dernières semaines. Je dépose les fleurs à tes côtés, donne un bec sur ta joue et prends ta main droite entre les miennes. Je te regarde. Je t’admire. Je t’aime. Tu es l’une de ces trop rares personnes qui est autant magnifique à l’intérieur qu’à l’extérieur. Tu as toujours été si fière grand-maman : bien mise, bien coiffée et portant en tout temps et en tout lieu ton fameux rouge à lèvres. Aaaah celui-là : j’ai longtemps cru que c’était la couleur naturelle de tes lèvres. Tu sembles porter cette teinte rosée depuis toujours et je n’aurais pu t’imaginer autrement. En cette journée ensoleillée, tes lèvres sont pourtant très pâles, trop pâles, et ton teint de la blancheur de la neige. Je sais très bien que tu détesterais te voir ainsi.

Coquette grand-maman: ton rouge à lèvres est bien en vue sur la minuscule table bordant ton lit. Je serre le tube dans ma main et me décide à l’ouvrir pour y découvrir la magnifique nuance qui devrait être nommée en ton honneur. Poussée par je ne sais quoi, je commence à recouvrir tes lèvres du joli rose. Tu aimes? J’en ajoute un peu sur tes joues et l’étale avec mes doigts tout comme tu me l’as appris. Je brosse doucement tes cheveux. Je prends le foulard fuchsia que tu m’as offert et l’enroule à ton cou pour mieux camoufler la jaquette d’hôpital qui, selon tes dires, “te donne un teint de malade”. Je m’assois tout près de toi et repense alors à nos soirées de jeux de cartes à “piger dans le lac”, aux vacances au chalet à cueillir des framboises sauvages, aux journées à écouter tes chansons préférées d’Elvis en regardant tes centaines d’albums de photos et aux réveillons où tu tentais patiemment d’apprendre une nouvelle danse en ligne à ta petite fille qui n’a visiblement pas héritée de ton sens du rythme.

Le bruit de fond si régulier et rassurant qui résonne dans la pièce depuis les dernières semaines se transforme soudainement en un son aigu à en faire arrêter le cœur. J’entends de grands pas dans le corridor en direction de la chambre 8… pendant que tu poursuis à petits pas le chemin que tu as déjà entamé dans le couloir vers l’infini. “Chuuuuuuuut” lançais-je les yeux dans l’eau aux deux infirmières qui ont pénétrées en trombe dans la pièce. Je veux seulement m’assurer que tu entends bien ce que je te dis à l’instant dans ma tête… Je t’aime gros comme l’univers grand-maman. xox

___

___

Suivez Magalie sur Facebook (Des nouvelles de Magalie) et également sur Twitter (Magalie_News)